Contemplation, perception, improvisation chantée

sont les trois étapes du processus créatif de Laurence Moletta. Chaque période de composition de l’E.P. NOZA ORUS fut propice à un retour à la nature

Marcher dans les bois, sur la plage, grimper sur le flan d’une montagne, descendre dans un canyon, traverser une mer de nuage, explorer une grotte, se baigner dans un torrent, mâcher des tiges d’anis, regarder se coucher le soleil, faire une sieste sous des eucalyptus…Marcher, grimper, descendre, traverser, explorer, mâcher, sentir, ressentir génère chez l’artiste des souvenirs, liés à des sensations, qu’elle convoque lors de ses sessions d’improvisation.

Laurence explore les modulations des timbres de la voix, en faisant abstraction du sens verbal. C’est à dire qu’elle crée du sens sans utiliser les mots, une forme de théâtralisation chantée des émotions.  Dans la vie, nous adaptons le timbre de notre voix à chaque situation. Une voix monocorde fait baisser notre attention. Et au contraire une personne qui module le timbre de sa voix peut nous captiver.  

 

Selon elle, il n’est pas nécessaire d’utiliser des mots pour créer du sens. Laurence n’est pas dans une recherche de création de langue inventée, comme avec l’invention du Kobaïa du groupe Magma, ou le monde imaginaire de Klokochazia de Nosfell .

 

On peut comparer sa musique à un tableau de peinture contemporaine où chacun interprète l’œuvre comme il l’entend, selon sa sensibilité propre.

Ses pièces vocales sont construites à partir du principe d’accumulation de boucles de textures vocales où s’insère des mélodies.

 

A chaque écoute, les perceptions changent, de nouveaux détails apparaissent. Les

musiques classiques, jazz, actuelles, électroacoustiques se télescopent, s’interpénètrent, s’enrichissent les unes aux autres dans ses compositions pour aboutir à des morceaux vintages rococos, mélodiques texturés.

Aucun mot pour

détourner l’attention

de l’auditeur.

Et pourtant le ton de sa voix chantée raconte, discute, interpelle, murmure dans une proximité de l’ordre de l'intime avec l’auditeur. Sa musique est propice au vagabondage intérieur. Celui qui l’écoute se met en résonance avec ses souvenirs sensitifs. Il voyage dans sa tête instantanément.  Dans ses envolées lyriques, l’artiste confie à l’oreille des auditeurs des histoires chantées que lui seul peut entendre et comprendre.

 

Compositrice de l’instant, vocaliste, dans ses improvisations l’artiste se laisse porter par ses souvenirs au gré de son état émotionnel du moment, donnant ainsi vie à ses jardins intérieurs en résonance avec le lieu dans lequel elle se trouve. Elle replonge alors dans les paysages qui ont marqués son enfance et les sensations qui y sont liés. Une cuisine intérieure que la compositrice ne souhaite pas trop dévoiler, pour laisser place à l’imaginaire de l’auditeur. Une fois la création terminée, l’artiste se dessaisit de son œuvre et la confie avec bienveillance aux oreilles de celui qui l’écoutera. Chaque morceau est un tableau de musique à vivre, en interaction avec soi-même.